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25/05/2009

Une pétition à l'ouverture

Bonjour,

Le Chinadoc a démarré hier au Songzhuang Art Center, dans un belle effervence. Le lieu est emblématique du quartier, décrit comme un "village d'artistes". Jusqu'en 2002, c'était la pleine campagne ici ; de nombreux artistes sont venus s'y installer en raison de la modération des loyers et de la disponibilité d'ateliers. Aujourd'hui, c'est encore la campagne, mais la dimension des infrastructures routières laisse entrevoir le projet urbanistique et immobilier en développement. La quartier pullule en "centres d'art contemporain" flambant neufs, aux dimensions impressionnantes (pour un Belge). Mais tout est grand ici, et le territoire de Pékin équivaudrait à 50% du territoire de la Belgique. C'est dire.

Revenons au festival. La salle était pleine à craquer pour l'ouverture. Beaucoup de jeunes, beaucoup de cinéastes et pas mal d'étrangers, attirés par la réputation grandissante du festival : Jean Perret, directeur du festival international de Nyon "Visions du réel" (www.visionsdureel.ch) ; la représentante du Swiss Film (www.swissfilms.ch) ; Robert Simons, journaliste et consultant ; Rene Seegers, réalisateur, qui présente "Ivens, an old friend of Chinese People" ; le cinéaste japonais Tsuchimoto Noriaki, sans oublier les membres du jury et tous ceux que j'ai vu mais pas encore rencontré...

Le film présenté à l'ouverture a fait sensation. Pétition, de Zhao Liang (2009, 122 min) rend leur dignité à ceux qui forment le 57e groupe ethnique chinois, ces dizaines (centaines ?) de personnes qui vivent le long des voies de chemin de fer, dans des conditions misérables, autour de la gare sud de Pékin. Victimes d'abus des autorités locales, ils ont tout quitté ou tout perdu, et viennent "pétitionner" à Pékin auprès des autorités centrales. Tous les jours, ils font la file au bureau des pétitions, expliquent leur cas, déposent leur pétition écrite de manière circonstanciée et appliquée, réclament un reçu et surtout un suivi compréhensif de leur cause. Certains attendent et attendent depuis des années la reconnaissance de l'injustice dont ils souffrent. Il n'y pas d'autre voie. Le cinéaste les filme depuis 1996, au bureau des pétitions (souvent en caméra cachée), dans leur quartier, dans leur misère, dans leur quête quotidienne de nourriture et de chauffage. Il a receuilli tant de témoignages. Dans ce film, le bureau des pétitions est le lieu où la dignitié humaine butte contre le système. Un système qui n'hésite pas à régulièrement colloquer les femmes désespérées durant quelques semaines. Le système est fort, les pauvres sont fous.

Au fil des ans, Zhao Liang suit en particulier le destin d'une mère et de sa fille, qui finira par s'enfuir avec son compagnon, avant de revenir la saluer pour lui présenter son enfant. Le cinéaste aurait pu se concentrer sur quelques destins, sur les idées les plus lucides et pertinentes, resserer son propos sur 60 minutes et réaliser un documentaire très fort. La longueur excessive du film (et encore, je n'ai pas vu la version de 318 minutes) déforce son propos. Il est vrai que résumer des années de prises de vues en 60 minutes doit être frustrant pour le réalisateur... Le film vaut néanmoins vraiment le coup et Zhao Liang a beaucoup de talent (images, son, montage).

Après ce film-tunnel pas très joyeux, il y a eu la réception dans un autre centre d'art. Belle ambiance ! Le soir, Pierrot et moi avons rejoint Yang Yang, Jean Perret et Rene Seegers dans un petit resto populaire pas loin de l'hôtel. Un bon repas, de beaux échanges avant de tomber de sommeil sur un matelas de fakir.

A 13h, on présente Esther forever de Richard Olivier. Et ce soir, dès 18h30, première séance Henri Storck : Misère au Borinage, Les maisons de la misère, Histoire du soldat inconnu, Le carrefour de la vie.

A bientôt !

Vincent

DSC01414.JPG

Le centre d'art où a eu lieu la réception...

 

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