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01/06/2009

Regards rétrospectifs

Bonjour,

Petits retours en arrière.

Pétition : la cour des plaignants (1996-2009)

Vendredi dernier, Yang Yang, Jean et moi avons eu l’occasion de rencontrer Zhao Liang, de retour du Festvial de Cannes où son film a été projeté dans le cadre des Séances spéciales. Il se sentait plus à l’aise à Pékin et dans l’ambiance du Chinadoc que dans le strass de Cannes, si loin des réalités auxquelles il porte d’habitude ses attentions. Vous pouvez visionner la bande annonce du film sur le site de l’INA qui l’a produit, en coproduction avec Arte et en collaboration avec la RTBF, TSR et Yla. Zhao a 39 ans, une épouse thaï et des enfants qui iront à l’école en Thaïlande, pour éviter l’enseignement chinois. Il a réalisé plus de 5 documentaires, fruits d’une relation sur la durée avec les gens qu’il filme, une relation qu’il poursuit lorsque le film est terminé. Ce qui est plutôt rare et impressionnant pour être souligné. C’est un vrai révolté, qui passe du rire à la déprime dans un mouvement de montagne russe. « Ce film, je l’ai fait pour les Chinois. Filmer, c’est ma manière de penser, de parler. J’ai besoin de parler. Pouvoir s’exprimer est plus important que l’art ». Zhao préfère la version de 5 heures son film, « qui présente plus de détails importants pour mes compatriotes. Ce qui importe, c'est aussi qu'on puisse en discuter avec le public, d'où l'importance des festivals comme celui-ci ». Peut-être ce besoin de parler sans muselière et la liberté prise de le faire ces dernières années conditionnent-ils la longueur souvent excessive des films du réel chinois. Nous n’avons pas pu payer l’addition du restaurant de spécialités du Sichuan où le service est assuré par des jeunes filles sourdes. Zhao nous a invité en grand seigneur, nous qui avions mangé comme des rois.

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Classmates

Un film qui nous plonge dans la vie quotidienne d'une génération de Chinois, âgés aujourd'hui de 50 ans, nourris des espoirs de la révolution culturelle. Par un réalisateur qui a une tête improbable, barbe en collier et grandes lunettes rondes. Le film a suscité des échanges nourris entre les membres du jury.

Buried

Premier documentaire de Wang Libo, né en 1973, actif jusqu'ici dans le monde du rock, de la performance et de la vidéo. Wang Libo maîtrise ses moyens filmiques. La suite demain...

Vincent

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Un sourire exagéré d'un brave chinois. Une oeuvre du célèbre Yuemin Jun, accueillant les visiteurs au Li Xianting's Film Fund. M. Li Xianting a beaucoup soutenu l'art contemporain avant de soutenir les cinéastes indépendants, désabusé par le désengagement et le côté "nouveau riche" de certaines stars chinoises du marché de l'art.

28/05/2009

Camarades de classe

Bonjour,

On ne vous a pas oublié, mais on n'a pas eu le temps de publier... Sans compter les problèmes "techniques" : les blogs ne sont pas visibles depuis la Chine ; je peux nourrir le mien, mais pas le voir... En outre, Youtube est également inaccessible, du coup je ne peux pas y poster de courtes vidéos pour vous montrer des images d'ambiance. J'ai posté une vidéo sur www.vimeo.com, accessible. La voici : on y voit un jeune groupe, les New Workers's Art Troupe, interpréter une de leurs chansons un soir, au Fanhall cinema. Ce groupe engagé joue souvent pour les ouvriers des grands chantiers de construction, qui bossent dur, loin de tout, loin des leurs. Un documentaire leur est consacré.

Concert au Chinadoc from Vincent Geens on Vimeo.

 

Ce 26 mai à 14h, le festival a présenté un film très attendu, présenté hors compétition (faut pas trop chatouiller les autorités), Who killed our children? de Pan Jianlin (2008, 92 minutes). Le cinéaste enquête au Sichuan, dans la foulée du terrible tremblement de terre. Point de départ : les 286 écoliers de l'école fondamentale du village Muyu (Qingchuan), victimes de la catastrophe naturelle. Une catastrophe prévisible et même annoncée, selon les scientifiques pris à témoins. Le cinéaste et la société civile remettent également en cause les méthodes de calcul et les conclusions statistiques des autorités. Les premiers estiment à plus de 10.000 le nombre d'étudiants morts. Le film donne écho à la colère, à la douleur et aux griefs d'un pays tout entier, désolé du sacrifice des milliers enfants (l'espoir de la nation) morts dans des bâtiments ne répondant pas aux normes les plus élémentaires de sécurité. Dans ce village, dans cette école, la porte du dortoir des enfants était-elle fermée à clé ? Les familles pourront-elles disposer des corps ? On reviendra sur ce film fort, qui a bouleversé une salle en larmes.

Le 26 à 16h30, seconde séance de films d'Henri Storck : Une pêche au hareng ; Ostende, reine des plages ; Les dieux du feu ; Trois vies et une corde ; Le monde de Paul Delvaux ; Les gilles de Binche (Fêtes de Belgique). On n'a pas pu introduire les films, car la séance a commencé à 16h15 et on ne nous a pas prévenu. La salle était comble, j'ai dû attendre qu'une ou deux personnes sortent de la salle pour récupérer leur place.

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A l'issue de la projection, j'ai fait une courte présentation avant d'ouvrir la discussion. Pendant près d'1h15, Pierrot, Yang Yang et moi avons répondu aux question pertinentes d'un public très attentif. La mer et le cinéma : du mouvement et de la lumière. Regarder la mer : l'école de la contemplation. Cotoyer les peintres, Ensor, Permeke, Spilliaert : éduquer son regard. On a beaucoup parlé de ce regard d'Henri Storck : une galeriste a souligné la composition picturales des plans ; un spectateur parlait d'un regard d'animal sur le monde des hommes. Les liens entre l'image et la musique ont également fait forte impression, de même que la préparation minutieuse avec laquelle Storck préparait (prévoyait) ses films. On est revenu sur la séance précédante aussi, sur les contextes de production des films, la ténacité et les difficultés du cinéaste, les contraintes de la commande.

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Un jeune étudiant chinois en langue française a photocopié tous les livres et articles que j'ai emporté sur l'oeuvre d'Henri Storck. Des journalistes vont nous interviewer. Yang Yang et le programmateur du festival étaient ravi de ces deux premières séances. Ils nous ont invité à manger dans un chouette resto tout proche. Plus tard, à 22h, on nous a emmené au siège de la fondation Li Xianting (www.lixianting.org), qui soutient le cinéma indépendant et parraine le festival. Il y avait une fête pour toute l'équipe du festival et les invités. Un chouette endroit, avec une cour
intérieure. Tao, étudiante en langue et littérature chinoise, a tenté de m'apprendre quelques mots de chinois. Je les prononçais pas mal du tout disait-elle en prof très motivante, mais je les oubliais aussi vite. Je croise pas mal d'occidentaux qui parlent admirablement bien le chinois, le comprennent, le lisent : ça me fascine. Les gens sont très souriants et sympathiques ici.

Hier, Pierrot a vu Her dear old house du Japonais Yamamoto Tatsuya (2006, 80 minutes). Il a beaucoup aimé ce film programmé par Noriaki, et qui a remporté le Prix Jean Vigo (tiens, un ami d'Henri Storck !) du meilleur réalisateur au festival Punto De Vista 2008 à Pamplona en Espagne. Pierrot vous prépare une note sur ce film. Pierrot qui a déjà plein d'amis dans le quartier ! C'est un ketje de Bruxelles, ce Pierrot, très à l'aise avec les gens de la rue. Il se ballade avec son sourire et une petite machine magique qui permet une traduction vocale en chinois d'un texte qu'on écrit en français. Voici des photos de ses copains, qui tiennent le resto à 70 mètres de l'hôtel : on y mange très bien, des plats simples et savoureux et peu coûteux. Pierrot a eu le malheur de visiter la cuisine hier soir : "mais il y a plein d'épices tu sais, on ne risque rien". On y retournera quand même...

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J'ai terminé la journée d'hier par un film de 203 minutes, Classmates, de Lin Xin (2009). Né en 1960, Lin Xin est plasticien et a démarré sa carrière de cinéaste documentaire il y quelques années seulement : "je voulais d'abord connaître la vie avant de la filmer". L'argument de son film est simple : quelle vie mes camarades de classe ont-ils connu ces 30 dernières années ? Ces descendants de mineurs se sont quittés en 1978, à l'heure où la Chine entamait des réformes pleines de promesses et s'ouvrait sur le monde. Il retrouve une vingtaine d'entre eux, les filme dans leur quotidien, les interviewe quant à leur bonne et mauvaise fortune, leur destinée. La plupart vivent encore à Tongchuan, (ancienne) ville minière du Sha'anxi. Toutes et tous sont déterminés. Ils travaillent dur, très dur, et doivent se battre jour après jour. Beaucoup sont pauvres et excercent des métiers de misère : vendeuse de papier toilette, avec une charrette à bras ; balayeuse des rues ; ouvrier chez un marchand de bonbonnes de gaz ; infirmière dans une maison de retraite de mineurs ; chauffeur de bus ; vendeur de boissons fraîches etc. Ceux qui ont fait des études supérieures s'en sortent mieux. Et 2 d'entre eux sont inscrits au Parti communiste et s'en sortent franchement mieux que les autres : bel appartement, grosse voiture, télé immense... Une communiste professeur d'université (l'inventaire des cours qu'elle donne fait sourire...) déclare : "le communisme ne m'empêche pas d'avoir des croyances. Le communisme est vide, il faut bien croire en des choses substantielles". Rires dans la salle. Tous se démènent et économisent au maximum, au prix de sacrifice, pour payer des études à leurs enfants. Beaucoup s'occupent de leurs parents, qui vivent chez eux. La vie des gens ordinaires d'une société chinoise qui n'est pas plus égalitaire que la nôtre. Faillite, licenciement, pression au travail, insécurité de l'emploi... On suit ces destins avec intérêt et compassion. La cuisine, la nourriture, occupent une place importante dans le film, qui se termine par une succession de plans où le cinéaste filme de dos chaque camarade en train de marcher. C'est l'impression que me laisse ce documentaire : ces gens n'arrêtent pas de marcher, de travailler, chacun dans la solitude de son destin.

Tout à l'heure, à 15h30, on projette Symphonie paysanne d'Henri Storck. Je vais préparer ma présentation : "des phrases courtes", me souffle Yang Yang, qui traduit en direct....

A demain !

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